Démissionner ! Mais sous quelles conditions ?

Démissionner est un droit que peut exercer librement et sans justification tout salarié sous contrat de travail à durée indéterminée (CDI) dans le secteur privé : ces dispositions, énoncées par l'article L1231-1 du Code du travail, ne sont cependant pas applicables pendant la période d'essai qui s'apparente juridiquement à un CDD. Acte volontaire et personnel, la rupture d'un CDI par le salarié ne donne pas droit à indemnisation.

Si un CDI dans le secteur privé peut être librement rompu par le salarié, l'acte de démission doit cependant respecter certaines conditions : la démarche ne doit pas révéler d'ambiguïté dans la décision, découler de l'action d'une pression extérieure, ou relever d'une volonté de nuire à l'entreprise. En d'autres termes, clarté et fermeté du choix, liberté de conscience et respect de l'employeur doivent déterminer la démission, faute de quoi celle-ci pourrait être invalidée : si le caractère libre, conscient et univoque de la démission est remis en cause et que la décision du salarié s'avère avoir été prise sous la pression de l'employeur, la démission pourra être requalifiée en licenciement. Si, au contraire, la rupture de contrat apparaît comme relevant sciemment, de la part du salarié, d'une volonté de nuisance, des indemnités de dommages et intérêts pourront lui être exigées au profit de l'entreprise à laquelle le liait son contrat.

La décision d'un salarié de rompre son contrat à durée indéterminée (CDI) a souvent pour origine un tournant professionnel et, notamment, une promesse d'embauche par un autre employeur. En cas de démission jugée abusive, dans les cas où le salarié se soustrairait prématurément à ses obligations, se contenterait d'une démission implicite, ou encore ferait part de sa démission tardivement, le nouvel employeur pourrait être jugé responsable, solidairement, des dommages causés au précédent employeur (Article L1237-3 du code du travail). Il est donc doublement essentiel, pour démissionner d'un CDI, de suivre une procédure qui préserve de tout litige.

Quelle est la procédure à suivre ?

Si le salarié est tenu d'informer son employeur de sa volonté de démissionner, la loi ne précise pas les modalités par lesquelles doit passer cette information : le souhait peut être exprimé oralement ou par écrit. Il est cependant évident qu'en cas de litige, seule une notification non seulement écrite, mais remise contre accusé de réception, pourra prémunir contre une éventuelle contestation.

Seule la démission de quelques branches de métiers est encadrée par la loi qui en fixe les dispositions légales : celles des assistantes maternelles, des journalistes et des VRP. À noter également le cas particulier des travailleurs d'Alsace-Moselle qui doivent se référer au droit local. Ailleurs, en aval du Code du travail, des conventions collectives de travail (CCT) sectorielles ou nationales, établies en concertation par les organisations patronales et les syndicats de travailleurs, régissent la plupart des branches professionnelles. Subordonnées au Code du travail au même titre que les lois françaises sont subordonnées à la Constitution, elles stipulent les procédures spécifiques à suivre en cas de souhait de démission et précisent notamment l'existence et la durée d'un préavis. Encadrés par ces conventions, les contrats de travail font eux aussi généralement apparaître une clause au sujet des modalités de démission. L'écart qu'ils peuvent présenter avec la loi ou avec la convention collective ne peut être qu'à l'avantage du travailleur : ils peuvent donc fixer une durée de préavis plus courte.

Si la lettre de démission doit être transmise à l'employeur dans le respect des délais fixés par le contrat de travail, la convention collective ou la loi, le salarié est en droit de solliciter une dispense de tout ou partie de son préavis. La décision d'accorder cette dispense appartient entièrement à l'employeur. En cas de refus ou d'absence d'autorisation, le salarié est donc dans l'obligation légale de remplir ses obligations vis-à-vis de son employeur, à l'exception des cas où la démission a lieu au cours d'une grossesse, en vue d'élever un enfant, à l'issue d'un congé pour création d'entreprise, ou encore pendant une suspension de contrat. A contrario, l'employeur peut imposer une dispense de préavis : dans ce cas, l'employé continue à percevoir son salaire jusqu'à expiration du préavis et a droit à une indemnité compensatrice de préavis. Une indemnité compensatrice de congés payés est également prévue par l'article L3141-26 du code du travail dans le cas où le salarié n'aurait pu bénéficier de l'intégralité de ses droits au congé avant la fin de son contrat.

Les indemnisations ou comment percevoir les allocations chômage après une démission

En dehors de ces indemnisations spécifiques, le salarié à l'origine de la rupture d'un CDI ne bénéficie pas de droit aux allocations chômage. Quelques motifs de démission font cependant exception et peuvent être considérés par Pôle Emploi comme légitimes : le changement de résidence motivé par des raisons familiales, le non-paiement attesté des salaires dus par l'employeur, le statut de victime d'actes délictueux dans le cadre du travail, l'engagement dans une mission de volontariat de solidarité internationale ou un contrat de service civique. Quelques cas particuliers peuvent également donner lieu à un réexamen de situation : la rupture en début de contrat (sous 91 jours) d'un CDI conclu dans la continuité d'une autre activité, sans inscription intermédiaire sur la liste des demandeurs d'emploi ; la rupture par l'employeur en début de contrat d'un CDI pour lequel le salarié avait démissionné de son précédent emploi ; ou encore la cessation d'activité involontaire d'une entreprise pour la création ou la reprise de laquelle le salarié avait démissionné de son emploi.

Publié le 02/01/2014 par